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Entretien avec Patrick Aracil (News Tank Culture 15/12/2015)

lundi 1er février 2016

« L’accès à la culture est la première réflexion à avoir au niveau régional »
(Patrick Aracil, Ceser)

« Les opérations culturelles doivent être qualitatives, significatives et larges. Les bonnes pratiques ne doivent pas masquer le fait que, quantitativement, le compte n’y est pas. L’accès à la culture est une thématique majeure, c’est la première réflexion à avoir sur le plan régional. J’espère que nous n’allons pas retomber dans des travers d’élitisme, de confidentialité, voire à des négations. En termes de politique culturelle, la première question à se poser est : qui y accède ? De là peuvent découler d’autres
sujets », déclare Patrick Aracil, président de la commission Culture et Communication du Ceser, à News Tank, le 15/12/2015. Un avis concernant l’accès
des Franciliens à l’ensemble de l’offre culturelle a été adopté en séance plénière du Ceser à l’unanimité (106 votants), le 10/12/2015. Présenté par Jean-Paul
Rueff, il comporte 16 articles ayant pour objectif de réduire les inégalités franciliennes d’accès à la culture, présente les bonnes pratiques exercées en la matière et préconise des leviers d’actions à la Région. Cet avis s’inscrit dans le rapport « Favoriser l’accès des Franciliennes et Franciliens à l’ensemble de l’offre culturelle », publié le 10/12/2015. Une cinquantaine d’auditions, menées entre le deuxième semestre 2014 et le premier semestre 2015, ont été réalisées auprès des
collectivités territoriales, des réseaux culturels et artistiques, du monde associatif et des entreprises.
« Nous nous apercevons aujourd’hui que la culture a des vertus énormes, notamment
pour les publics en difficulté. Elle a des vertus individuelles et collectives. D’une part, la culture correspond à la notion de plaisir et de convivialité, mais elle est également
porteuse d’estime de soi, de prise de confiance ou encore de rupture de l’isolement.
D’autre part, elle permet aux gens de se rencontrer. Le brassage est très important »,
déclare Jean-Paul Rueff, rapporteur au nom de la commission Culture et
Communication du Ceser.

La parution de votre rapport « Favoriser l’accès des Franciliennes et des Franciliens à l’ensemble de l’offre culturelle » intervient au moment des élections régionales. Était-ce voulu ?

Nous avons une responsabilité d’évaluation Patrick Aracil : Nous ne l’avons pas fait
exprès. Lorsque nous avons commencé à travailler sur le sujet, nous n’avions pas la
date des élections. C’est un heureux hasard car ce rapport clôt un cycle politique en
matière culturelle que nous avons accompagné. Désormais, nous nous adressons
directement à un nouvel exécutif. Nous regarderons de près s’il nous écoute ou pas.
Notre vocation n’est pas de donner un point de vue politique sur le sujet. Nous avons
une responsabilité d’évaluation, renforcée par la loi Notre, quelle que soit la couleur de
l’exécutif.

En conclusion de votre rapport, vous indiquez que la culture est trop
souvent victime des restrictions budgétaires qui touchent les régions.
Selon vous, l’accès des Franciliens à l’ensemble de l’offre culturelle
passe-t-il par une sanctuarisation du budget de la culture dans les
régions ?

Bien sûr que nous souhaitons que le budget soit maintenu. Nous espérons même aller
au-delà Jean-Paul Rueff : Nous nous apercevons aujourd’hui que la culture a des
vertus énormes, individuelles et collectives, notamment pour les publics en difficulté.
D’une part, la culture correspond à la notion de plaisir et de convivialité, mais elle est
également porteuse d’estime de soi, de prise de confiance ou encore de rupture de
l’isolement. D’autre part, elle permet aux gens de se rencontrer. Le brassage est très
important. Toutes ces raisons justifient que la culture soit sanctuarisée. Elle apporte du lien social, du vivre ensemble.

P.A. : Concernant le plan budgétaire, au niveau de la région Île-de-France, bien sûr
que nous souhaitons que le budget soit maintenu. Nous espérons même aller au-delà.
Il existe des politiques volontaristes à mener pour dépasser ce qu’il se fait
actuellement. En Île-de-France, proportionnellement au nombre d’habitants et au
budget de la Région, je ne suis pas sûr que nous soyons le territoire qui fait le plus.
Nous devons légitimement affirmer que le budget peut être augmenté et amélioré pour
des actions culturelles en Île-de-France, sans être outrancier par rapport aux autres
demandes.

L’article 3 de votre avis préconise une stratégie cohérente au niveau
régional. Vos auditions ont-elles relevé une carence en terme de
coopérations entre les institutions culturelles et les pouvoirs publics ?

La culture est un sujet collectif J-P R. : De nombreuses personnes que nous avons
auditionnées souhaitent avoir une Région qui puisse conseiller, identifier les besoins.
Quelles sont les villes, les lieux, les catégories sociales qui ont plus besoin d’aide ? La Région doit avoir ce rôle de coordinateur. La cohérence, cela veut également dire qu’il faut s’articuler avec l’ensemble des collectivités territoriales pour devenir
complémentaire. En France, la politique du « pré carré » est un vrai problème. Les
actions menées sur le champ culturel pourraient être beaucoup plus fortes si elles
étaient mises en commun. La culture est un sujet collectif.

P.A. : Nous avons besoin d’une coordination pour une politique culturelle régionale
partagée. La loi Notre confirme la compétence partagée en terme de culture et de
tourisme, mais ne va pas jusqu’à demander à la Région d’être chef de file pour les
réflexions à mener sur ces secteurs. Nous avons besoin, en Île-de-France, d’élaborer
des schémas stratégiques pour mener des actions culturelles qui concernent
l’innovation, l’aménagement, l’éducation ou les équipements. La coordination est
indispensable, et il n’y a que l’échelon régional qui puisse mener une sorte de
« leadership » sur ces réflexions. Ce sujet est très compliqué et sensible sur le terrain
politique. Il faut sortir du cas par cas, du pré carré, de l’opportunisme politique local.
J-P R. : Notre démarche est proactive, mais également alarmante. Il se passe des
choses magnifiques qui doivent inspirer, sans forcément être reproduites. Malgré
toutes ces choses exceptionnelles, nous constatons néanmoins que beaucoup de
personnes restent en dehors de l’offre culturelle.
Les bonnes pratiques ne doivent pas masquer le fait que, quantitativement, le compte
n’y est pas
P.A. : Nous n’avons pas pu chiffrer quantitativement les bénéficiaires de
cette offre culturelle par rapport aux besoins de la Région. Nous proposons d’ailleurs
qu’un outil soit mis en place pour pouvoir mesurer les actions, afin d’avoir une analyse plus fine de la situation. Les opérations culturelles doivent être qualitatives,
significatives et larges. Les bonnes pratiques ne doivent pas masquer le fait que,
quantitativement, le compte n’y est pas. L’accès à la culture est une thématique
majeure, c’est la première réflexion à avoir sur le plan régional. J’espère que nous
n’allons pas retomber dans des travers d’élitisme, de confidentialité, voire à des
négations. En termes de politique culturelle, la première question à se poser est : qui y accède ? De là peuvent découler d’autres sujets.

Patrick Aracil
Conseil économique, social et environnemental régional d’Île-de-France